Le soleil continue de briller

Pour papa, maman a été un soleil, son soleil. Un soleil arrivé dans sa vie à l'âge de 39 ans, et qui s'en est allé presque 40 ans plus tard, un 21 septembre 2017, de façon aussi brutale que soudaine et imprévue.

Aussi, quand deux ans après la mort de maman, on diagnostique une leucémie à papa, rien d'étonnant à cela pour moi, puisque qu'en médecine symbolique, cette maladie est liée à la perte de la joie et à l'envie de se battre qui s'en est allée.

Papa n'a plus envie, n'a plus la force ni le désir. Même s'il est dur d'accepter cela pour nous, ses enfants, même si l'on a envie de l'aider, de l'encourager et de le soutenir du mieux que l'on peut, on ne peut lui redonner cette envie qu'il n'a plus et qu'il ne tient qu'à lui de retrouver, ou pas. Nous n'avons donc d'autre choix que d'accepter sa décision, tout en l'accompagnant avec tout l'amour dont nous sommes capables.

 

J'en suis là de mes réflexions quand Stéphanie me révèle, ce 9 janvier 2020, que papa va s'en aller. Si je ne comprends pas tout de suite ce qu'elle me dit, puisque le médecin de papa nous a affirmé qu'il pouvait vivre de nombreuses années avec cette maladie, je ne tarde pas à intégrer cette information, avec tout ce que cela entraîne de prise de conscience et d'émotions, même si au fond de moi, je le sais. Elle m'annonce que papa va partir, qu'il est fatigué, qu'il n'a plus envie et qu'il sera plus heureux avec maman, qu'il retrouvera aux côtés de sa propre maman, de son frère (Charles, mon parrain), ainsi que d'un chien dont il a été le maître autrefois, un chien de chasse me précise-t-elle ! Information qui peut sembler anecdotique mais dont on me reparlera pourtant quelques mois plus tard. Elle me dit que son départ se fera en douceur, qu'il sera beaucoup plus doux que pour maman. Qu'il montera directement dans la lumière car c'est ce qu'il est et a été tout au long de sa vie, un être lumineux et bon, qui s'est construit une carapace pour faire face aux événements et aux coups durs qu'il a vécus.

De quel droit en effet décider qu'il va retrouver une joie et une envie de vivre qu'il a perdues ? De quel droit juger qu'il a toutes les raisons d'être heureux et que s'il ne l'est pas pas, c'est qu'il ne fait pas d'efforts ?

Accepter d'un proche qu'il n'a plus le désir de vivre est certes difficile, mais est probablement une étape nécessaire quand, comme dans le cas de papa, on est arrivé au terme de ce que l'on est venu vivre ici bas. Cette révélation a bien sûr été un peu brutale mais m'a aussi permis de comprendre cela.

 

Accepter et se détacher pour éviter les tensions inutiles, sources de souffrance réciproques. Se détacher de son attitude parfois un peu brutale, simple comportement d'un homme malheureux et triste. Accepter et profiter au mieux de ce qui sera peut-être son dernier hiver, puis son dernier printemps, été... Et si tel doit être le cas, ne pas avoir de regrets et faire de ces moments de beaux, doux et joyeux moments passés ensemble.

Accepter donc son choix de vouloir partir et de ne plus se battre. Accepter son désir de retrouver son soleil. Le rassurer, lui dire notre amour, l'accompagner et lui souhaiter bonne route là-bas, le moment venu.

Et en attendant, papa est là, bien vivant, et je compte bien profiter de cela aussi longtemps que possible. Il partira quand il sera prêt, quand le moment sera arrivé. Pour l'instant, il est en vie et c'est cela l'essentiel.

3ème RDV avec maman (1)