Et j'en fais quoi de ce message ?

Mais avant cela, comment parler de cette expérience à mes frères ? A mon père ? Une participante au stage, qui a assisté à mes côtés à la scène et qui elle aussi est troublée face à ce qui peut sembler pour le moins inhabituel et quelque peu surréaliste il faut bien le reconnaître, me souffle que je ne suis pas obligée de leur en parler. Que je peux me contenter de faire ce que j'ai à faire. C'est la solution que je choisis.

 

Et alors que la raison aurait voulu qu'après une journée aussi chargée en émotions, je rentre chez moi me reposer et intégrer toutes ces nouvelles informations, je repars et m'envole vers un tremplin de musiques actuelles où je suis membre du jury. Hors de question que je rate cette expérience aussi amusante qu'inédite pour moi. Virginie, est-ce bien raisonnable tout cela ??? Assurément, non ! Et si la raison devait être la clé du bonheur, pas certain d'ailleurs que je sois taillée pour lui.

 

Bref, le lendemain de ce stage de trois jours, je n'ai absolument pas le projet d'en parler à mes frères, et quand bien même j'aurai ce projet, je n'en parlerai surtout pas à mon plus jeune frère Jean-Noël qui, j'en suis persuadée, se moquerait, gentiment certes, mais se moquerait quand même de moi et de mes nouvelles « trouvailles ».

 

Ce matin là, je ressens néanmoins le besoin de parler à Jean-Noël. Sans réfléchir, je prends mon téléphone, tout en m'assurant que de toute façon il est absolument inenvisageable que je lui dévoile quoi que ce soit de ce qui s'est passé au cours de ces derniers jours.

 

Je l'appelle donc. Ca sonne. Il répond. Et là, devinez quoi ? Je lui déballe tout ! Sans rien lui cacher. A ma grande surprise, non seulement il est parfaitement attentif à ce que je lui dis mais il est aussi plein de bienveillance et de compréhension, me disant que ce que je lui raconte le touche et lui parle, lui le colérique qui, pas plus tard que la veille, est allé pleurer sur la tombe de maman après un coup de colère suite à une injustice lors d'un match de foot.

Je lui explique que je n'avais aucunement l'intention de lui raconter cela ce matin, et que si je l'ai fait, c'est qu'il y a une raison. Que maman m'y a probablement poussée pour l'aider à évoluer lui aussi, à se libérer de sa colère et à avancer plus sereinement. Jean-Noël qui, depuis, a laissé tombé le foot et s'est mis à l'athlétisme, un sport qui lui convient beaucoup mieux. Jean-Noël qui, depuis, a beaucoup avancé et évolué vers plus de sérénité et de paix intérieure.

 

Je laisse à chacun le soin de croire ce qui l'arrange car, bien sûr, imaginer que c'est maman qui, d'une façon que je n'explique pas, m'a conduite à me saisir de mon téléphone ce matin là et à raconter mon expérience à mon frère, revêt un caractère quelque peu troublant, je le reconnais. De mon côté, le doute n'a pas vraiment de place quant à ce qui s'est passé ce jour là.

 

 

Depuis la transmission de son message, je me suis mise à « travailler » sur le pardon et la colère. J'ai commencé par écrire une lettre à mon oncle afin de lui pardonner ses agissements du passé, lui pardonner ses actes et ses paroles méprisantes et parfois humiliantes à l'égard de mes parents. Une lettre qui ne devait à l'origine pas lui être envoyée, qui devait simplement me permettre de me décharger, ou plus exactement, de décharger notre famille de cette fameuse colère toxique.

Me contenter d'écrire cette lettre puis de la brûler ou la déchirer, comme je comptais le faire, ne m'a alors pas paru pertinent ni suffisant. C'est pourquoi j'ai décidé de l'envoyer à mon oncle. Cet oncle avec lequel je n'ai plus aucuns contacts depuis près de trente ans et qui, je m'en doute parfaitement, a dû être pour le moins quelque peu surpris de recevoir de mes nouvelles après tant d'années, et surtout de recevoir ce genre de nouvelles.

Je me suis ensuite penchée davantage sur le sujet du pardon et ai réalisé différents exercices, toujours avec ce même objectif de débloquer une situation qui, restée figée depuis trop longtemps, était devenue néfaste pour les membres de notre famille.

Ce travail m'a amenée à vraiment prendre conscience de cette colère sourde bien présente en moi mais dont je n'avais pourtant jusque là pas connaissance.

Mais de là à savoir si ce que j'avais réalisé s'était révélé efficace ? Difficile de le dire. Ce que je savais alors, c'est que je me sentais comme investie d'une mission et que mes épaules me semblaient un peu lourdes à l'époque.

Le pouvoir du pardon pour se libérer