Ce jour où tout a (vraiment) commencé (2)

Quelques mois plus tard, en mai 2017, alors que maman a toujours une vue déficiente depuis l'accident, elle se plaint d'y voir de moins en moins bien. Lorsqu'elle m'en parle au téléphone, je ne m'en inquiète pas plus que cela. Ou peut-être je ne veux pas m'en inquiéter : les derniers mois ont été éprouvants pour chacun d'entre nous et ce que l'on souhaite désormais, c'est un peu de répit. Je mets cette gêne sur le compte de l'accident.

 

Habitant à près de 300 kilomètres de mes parents, je ne suis pas sur place pour prendre conscience de la réalité qui heurte en revanche mon jeune frère de plein fouet, lui qui habite là-bas, dans le même village. La vue de maman se détériore de jour en jour en jour, sans explications. Il prend alors rendez-vous avec un ophtalomologue, qui ne décèle rien d'anormal et l'invite à se rendre à Nantes afin d'être examinée par des spécialistes de la vue. Là-bas aussi, si force est de constater que maman ne voit quasiment plus, aucune explication ophtalmologique ne permet d'éclaircir ce qui se passe.

 

L'ayant accompagnée à son rendez-vous, je m'aperçois également que son comportement a changé, qu'elle se déplace avec davantage de difficultés, que son élocution est laborieuse et qu'elle semble un peu ailleurs. C'est a posteriori que j'observe ces changements, sur le moment, je ne veux surtout pas voir que quelque chose cloche.

 

La situation empire au fil des jours, maman n'y voit presque plus sans que l'on sache ni comprenne pourquoi. Ses facultés cognitives diminuent et elle en est pleinement consciente. Elle qui possède une excellente mémoire oublie l'anniversaire de ma fille, le 22 juillet, et s'en émeut auprès de moi au téléphone.

 

 

Fin juillet, nous penons la décision, avec son accord, de la faire hospitaliser au centre hospitalier de Mayenne pour obtenir des réponses concernant son état. Les premiers examens sont réalisés et, rapidement, la probabilité d'une maladie neuro-dégénérative apparaît, ce qui nous laisse évidemment abasourdis.

 

Maman y restera quelques jours avant de revenir à la maison, où nous lui avons installé un lit au rez-de-chaussée. Nous entreprenons les démarches pour mettre en place un dispositif d'aide à domicile, mais son état se dégrade à une vitesse telle que cela devient rapidement très difficile à vivre, en particulier pour papa pour qui cette nouvelle épreuve s'annonce comme celle de trop.

 

Pendant ses derniers jours à domicile, j'étais à ses côtés, avec papa, dont j'ai découvert l'extrême sensibilité autant que l'amour qu'il portait à maman.

 

Maman ne voit plus, ne parle plus, ne marche ni n'entend quasiment plus, ne mange plus. La décision de la faire hospitaliser en neurochirurgie à l'hôpital de Laval s'impose alors, comme un déchirement nécessaire.

Maman restera cinq semaines en soins palliatifs. Cinq semaines au cours desquelles chacun d'entre nous, à sa façon et selon sa personnalité, sa sensibilité et ses croyances, a commencé à lui dire au revoir et a entrepris le début du deuil à venir.

 

De mon côté, j'étais déjà, depuis quelque temps, convaincue de l'existence d'une vie après la vie. C'est en lisant le livre du Dr Eben Alexander, « La preuve du paradis. Voyage d'un neurochirurgien dans l'après-vie », que j'apprenais que dans le cas d'une maladie neuro-dégénérative, l'âme se préparait à quitter le corps physique. Au cours de ces cinq semaines, je commençais donc à remercier maman pour avoir été la maman qu'elle a été pour moi, parfaite. Je l'assurais que tout irait bien pour nous, pour papa, dont on prendrait soin. Je lui garantissais qu'elle pouvait partir sereine.

 

Ce qu'elle fit le 21 septembre 2017, au cœur de la nuit, lorsqu'elle a quitté cette vie.

Travailler l'énergie