Ce jour où tout a (vraiment) commencé (1)

Bon, c'est pas la partie la plus drôle de l'histoire, mais c'est pourtant le point de départ. Alors voilà, le décès de maman s'est déroulé en deux « actes ». Voici donc le premier.

 

Le 24 juin 2016, mes parents viennent passer le week-end chez moi, au sud de Nantes, à l'occasion de la fête de l'école de ma fille qui aura lieu le lendemain. Je suis évidemment heureuse de leur venue et avec les enfants, nous les attendons avec impatience. Il fait beau en ce vendredi après-midi et il me tarde de les voir arriver.

 

Les minutes et les heures passent et toujours rien ni personne. Mes appels sur le portable de maman pour savoir où ils en sont restent sans réponse. Je ne m'inquiète toutefois pas outre mesure, maman n'étant pas particulièrement au fait des dernières technologies, elle n'est pas toujours à l'aise avec son téléphone. Il est donc possible qu'elle n'ait pas réussi à décrocher à temps, à moins, ce que je pense, que son téléphone ait été déchargé.

 

Ce n'est qu'en fin d'après-midi, lorsque mon téléphone sonne et que j'entends la voix de mon grand frère, Jérôme, que je comprends qu'il s'est passé quelque chose, quelque chose de grave.

 

Mes parents ont été victimes d'un accident de la route. Sur une ligne droite, avec une visibilité parfaite, leur voiture a été percutée par un engin agricole attaché à l'arrière du tracteur que mon père avait entrepris de dépasser. Exempt de toute signalisation, et donc sans prévenir, le tracteur a au même moment tourné à gauche, coupant la route juste au moment où papa le dépassait. L'engin est venu percuter le côté avant droit ; c'est la place du passager qu'occupait maman qui reçoit le choc, aussi violent que brutal.

 

Alors que papa, en état de choc, est indemne, maman est en revanche inconsciente et ne répond pas. Elle a eu ce que l'on appelle « le coup du lapin ». D'un point de vue plus médical, sa vertèbre cervicale C2 est brisée et elle est en arrêt cardiaque. Les secours arrivent rapidement sur place, les pompiers d'abord, qui parviennent à faire repartir son cœur, puis le SAMU, qui la transporte au centre hospitalier de Laval. Elle est toujours inconsciente.

 

Après quelques heures passées sur place, il est décidé de l'héliporter vers le centre hospitalier universitaire d'Angers, en service de réanimation, où je la retrouve quelques heures plus tard, au milieu de la nuit. Les médecins ne sont alors pas en mesure de nous indiquer si elle sortira du coma et, si c'était le cas, dans quel état elle en sortirait.

 

Commence alors un week-end de montagnes russes émotionnelles, entre espoir, inquiétude, incertitudes, interrogations, hypothèses, désespoir et acceptation. Après avoir été à son chevet toute la journée, mon frère aîné, Jérôme, ma nièce et moi apprenons le samedi soir que c'est malheureusement terminé, qu'il nous faut accepter que maman ne reviendra pas puisqu'elle ne répond ni aux stimuli physiques ni aux stimulations cérébrales. La nouvelle nous fait l'effet d'une bombe, d'un coup de massue ou encore du sol qui se déchire sous nos pieds, voire de tout cela à la fois. La douleur est vive mais l'envie d'y croire encore malgré tout m'envahit. Je cours alors appeler un magnétiseur dont on m'a parlé il y a peu, en espérant qu'il pourra agir et faire quelque chose. En vain. Je tombe sur le répondeur.

 

Ce que j'ignore alors, c'est que le matin même, notre frère, Jean-Noël, a de son côté contacté le magnétiseur que maman avait l'habitude de consulter. Ce dernier a effectué un travail à distance sur maman, tout au long du week-end et même après.

 

En ce qui me concerne, en ce samedi soir, j'ai commencé à accepter le fait que je ne reverrai pas maman. J'ai commencé à entamer le début de mon travail de deuil.

 

Dimanche matin, Jérôme m'appelle pour m'annoncer que le miracle s'est produit ; les infirmières viennent de lui apprendre que maman bouge. Même si ces nouvelles semblent invraisemblables au regard de celles de la veille au soir, même si l'on a évidemment envie d'y croire, nous restons prudents.

 

Le personnel médical nous encourage néanmoins à y croire puisqu'une intervention va être pratiquée en urgence dans la journée par le neurochirurgien de garde, afin de ressouder la vertèbre cervicale brisée, chose qui ne saurait être envisagée s'il n'y avait pas d'espoir.

L'opération se déroule très bien. Et les nouvelles sont de plus en plus positives. Le lendemain matin, maman est extubée et respire seule. Elle se remet à parler dans la foulée, ou presque, et semble avoir toutes ses facultés cognitives et cérébrales. Sa mémoire est bonne, exception faite de sa mémoire à court terme, celle concernant l'accident.

Ce jour où tout a (vraiment) commencé. 2